Ne lâchez rien, ce sont 16 artistes qui sont sortis en juin 2009 de l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix en Provence avec leur diplôme DNSEP.

Ne lâchez rien (les rencontres... le dialogue, la confrontation, les liens... les découvertes, les égarements, les surprises... les tensions, les inquiétudes, le hasard, les programmes, la solitude, l’impensé, le flou, les fulgurances, les refus, les tentatives... les superpositions, les longues aventures, les hétérogénéités, les répétitions... les reprises, les croisements... les éclats, les monomanies, la précision, les accidents, les assemblages, les dispersions, les audaces, la complexité... l’intuition sensible, la simplicité... la rigueur, les silences, la légèreté, le fugace, l’éternité, le rien)

ce ne sont pas de "jeunes artistes", mais des artistes, déjà et d’abord - et à l’intérieur de ça, il y a autant de gammes de différences qui fusent, ondulent, se tortillent en tout sens, avec des formes, des propositions, des expressions qui ne rentrent pas dans ce que recouvre le terme de "jeune artiste" avec les aprioris qu’il porte (le terme "artiste" ne supporte pas de tels qualificatifs) et qui voilent un réel qui est tout autre.

L’exposition Ne lâchez rien a eu un précédent à la compagnie, l’invitation des étudiants de l’atelier d’Anita Molinero de l’ESBAM en 2007. Et depuis octobre 2008, je suis enseignant de culture générale à l’école supérieure d’Aix-en-Provence ; et même si je savais ce qu’est une école d’art pour y avoir fait diverses interventions auparavant, l’expérience du quotidien dans cette école m’a mobilisé dans une aventure où cette école m’est apparu comme étant beaucoup plus qu’une école, en tout cas, ce qu’il s’y passe ne peut sans doute pas se passer ailleurs, c’est un laboratoire de vie où étudiants et enseignants forment ensemble un maillage fulgurant qui ouvre toutes les portes de la création contemporaine et de la réflexion qui l’accompagne. Pour être aussi à la direction du lieu de création de la compagnie (mais j’insiste ici pour dire que c’est avec une équipe plus que complice que toutes les activités de la compagnie ont lieu), c’est tout naturellement que l’idée de cette exposition d’ex-étudiants a surgi, comme un retentissement de ces rencontres fortes à l’intérieur de l’école avec les artistes-étudiants. Et par ailleurs, il y a déjà eu de nombreux ex-étudiants de l’école supérieure d’art d’Aix qui ont intégrés l’équipe de la compagnie (Boris Nicot, David Lasnier, entre 2006 et 2008, et encore tout récemment, Fabien Artal).

Il se trouve que parallèlement, de la même façon, Edouard Monnet, à Vidéochroniques, organise une exposition des ex-étudiants de l’école supérieure d’art de Toulon, et que Jean-Louis Connan, directeur de l’ESBAM, fait de même avec les ex-étudiants de Marseille (à la Galerie Montgrand, aux Bains-Douches, et à la Friche) : si cette année ces trois événements ont lieu en parallèle, on peut rêver pour les prochaines fois de jouer le mélange des rencontres, et plutôt que d’avoir des lieux dédiés à telle ou telle école (mais n’est-ce pas s’enfermer dans des effets d’identités là où, on le sait, les artistes les subvertissent ?), de jouer au contraire une pluralité de lieux avec, dans chacun des lieux, des œuvres d’ex-étudiants qui proviennent de chaque école, en fonction d’affinités, pour des rencontres nouvelles, d’autres croisements encore, ce qui permettrait d’éviter cet effet de cloisonnement entre les écoles comme si elles étaient étanches les unes aux autres, même à l’occasion de la sortie d’école ; pour un tel projet qui aurait une sacrée allure, il faudrait assurément qu’un ou plusieurs commissaires d’exposition soient invités.

Une exposition collective est toujours complexe à monter, à concevoir. Nous avons essayé de penser le dialogue entre les œuvres dans leur diversité, qu’elles soient sur des supports traditionnels ou technologiques. Mais l’exposition en elle-même n’est jamais un but en soi à la compagnie, il faut que ce soit une expérience qui déborde cela, même si l’exposition ou la présentation est le lieu même d’une rencontre irréductible à laquelle nous tenons plus que tout. Il y a ainsi des ateliers pour les enfants (Pablo Marcos-Garcia) ou pour des adultes (Emilie Lasmartres), qui seront menés par des artistes de Ne Lâchez rien. Ces ateliers sont conçus comme de vrais temps de création partagés, d’échanges, et nous vous inviterons à leurs présentations publiques.
P.-E. Odin

LIEN
http://www.la-compagnie.org/xune.php3?id_article=247

© Emilie Lasmartres 2019