Ayant passé une enfance à arpenter dans ce qu’on appelle les zones sauvages du Comminges, sa part instinctive l’amène à traverser des paysages en perpétuelle mutation.
La photographie, la sculpture, le dessin, les cartes, les images satellitaires, la vidéo et divers autres matériaux, dits collections, lui permettent d’évoquer diverses expériences.
Formellement, l’œuvre s’articule autour des notions du mot «mémoire» en tant que territoire «psycho-géographique». La carte et l’autoportrait deviennent un prétexte pour représenter ces transformations spatio-temporelles. Elles explorent des connexions «physiques» en utilisant un certain nombre de supports, de matériaux et d’échelles.
L’usage de la carte, par exemple, permet d’explorer et d’archiver constamment les profondeurs de cette dite identité en reflétant des expériences à travers déambulations et souvenirs personnels tandis que l’image photographique et l’installation dévoilent un présent formé d’errances. C’est une sorte de voyage mental, d’exploration des possibles qui détermine une conquête d’un devenir.
Ses processus lui permettent de représenter ce rapport au monde à travers un univers quelque peu énigmatique et illusoire, nous plongeant ainsi dans des fictions archaïques qui donnent un sens au réel.

Bernard Labattut


Les territoires d’Émilie Lasmartres sont sans limite. Vastes comme les zones « sauvages » du Sud-Ouest qu’elle arpentait enfant... Éclectiques dans leurs matériaux et leurs formes, multiples dans leurs supports et leurs échelles, ils sont un état des lieux actuels voués à disparaitre, ou à évoluer selon l’espace et l’environnement. La preuve par deux avec Territory#1 [ 2012 ] et Territory#2 [ en cours de création ]. Deux pièces en continu donc, pérennes mais évolutives, connectées d’une certaine manière aux autres productions.
Car si chaque création est unique et indépendante, toutes se répondent, toutes sont liées par son action sur les choses : dans la série Borders [ sérigraphies sur cible encadrée et percée d’une flèche ], elle tire dans la cible ; dans Territory#1, elle joue de la fragilité et de la tangibilité du jeu des fils d’or et des pierres...
Et comme avec Borders [ 2012/2013 ], là encore il n’y a pas de limites : « c’est l’idée qui se nourrit. La recherche du matériau adéquat vient ultérieurement, je cherche avant tout à rendre lisible mon idée, je cherche à simplifier, d’où l’action de tirer ou de tendre un fil. Je tends vers l’épure des choses ». Changement d’échelle avec l’installation murale Universalis [ 2009 ] constituée à l’origine de 7 000 pièces en céramique [ empreintes du creux de ses mains ]. À présent Universalis forme une constellation de 8 000 « signes » comme si, à travers ce geste répété qui laisse des traces manifestes, Émilie Lasmartres ne cessait de recréer des choses différentes issues du passé.
Comme si son travail « de mutation, de changement, de transformation » composait, in fine, la mise en scène d’elle-même : des autoportraits à visages multiples, et démultipliés.


Émilie Lasmartres’s territories are boundless. Vast like the « wilderness » of the south west where she used to live as a child... Wide-ranging in their materials and shapes, multiple in their medium and scales, they are a current overview bound to disappear, or evolve depending on space and environment. Two pieces of evidence with Territory#1 [ 2012 ] and Territory#2 [ creation in progress ] made of wood, painted granite, PVC fabric, water, composite materials, gold wires and gold leaves. Two continuous pieces then, long-lasting but ever-changing, connected to other productions in a certain way. Because although each creation is unique and independent, they are all interconnected, they are all related through her action on things : in the series Borders [ silkscreen on framed arrow-pierced target ], she shoots at the target ; in Territory#1, she plays with the fragility and tangibility of the gold wire and stone game...
And just like with Borders [ 2012/2013 ], again there are no boundaries : « it’s the idea that feeds itself. The search for adequate material comes later on, above all I try to make my idea understandable, I try to simplify, hence the action of pulling or stretching a wire. I aspire to a minimalist approach». Change of scale with the wall installation Universalis [ 2009 ] initially made up of 7,000 ceramic pieces [ prints of the palm of her hands ].
Now Universalis is a constellation of 8,000 « signs » as if, through this repeated gesture which leaves obvious marks, Émilie Lasmartres kept recreating different things coming from the past. As if her work « of mutation, change, transformation » was, in the end, its own staging : multiplied self-portraits with multiples faces.

Marie Godefrin


© Emilie Lasmartres 2017